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vendredi, 12 mars 2021 17:30

APPARTENANCE EN « O, TO, NO » ET EN « A, TA, NA » (11/03/2021)

 APPARTENANCE EN « O, TO, NO » ET EN « A, TA, NA »

 

I – TABLEAU DE PRÉSENTATION

APPARTENANCE EN « O »

APPARTENANCE EN « A »


1) - L’environnement humain, du plus grand au plus petit :

Le Pays >> l’île >> la vallée >> le village >> la maison >> la famille >> les biens hérités >> les amis >> les liens communautaires.


2) - Tout ce qui touche ou caractérise l’humain :

a) - Au physique : le corps, les fonctions physiologiques, les déplacements, les activités physiques, les maladies, la mort, les vêtements, les bijoux.

b) - Au moral : le caractère, les qualités, les défauts, les sentiments, les émotions.

3) - La simple appartenance d’une partie à un tout.

4) - Les prépositions de lieu et de temps.

5) - Les nombres ordinaux.

1) - Les époux, les descendants et leurs alliés.

2) - Les richesses acquises, l’argent.

3) - Tout ce qui sort ou entre dans/de la bouche : parler, dire, chanter, crier ; la nourriture et la boisson.

4) - Les activités manuelles, le produit de ces activités et les outils pour les produire.

5) - L’environnement des mots haka et keu

 

II – GÉNÉRALITÉS

Dans les langues polynésiennes, l’appartenance ne dépend pas du genre ou du nombre du possesseur, ni de l’entité possédée, mais de la nature de la relation qui existe entre les deux. Elle s’applique aux particules « o, a /no, na » et aux possessifs « to, ta ».


A) – Appartenance en « O » :
Elle peut être décrite comme passive, inaliénable, durable ou involontaire ; elle exprime la relation d’appartenance profonde entre une entité et ce qui en fait partie intégrante.


1) – Dans l’environnement humain,
du plus grand au plus petit :

Le pays, te henua ; l’île, te motu ; la rivière-vallée, te kaavai ; la maison, te haè ; la famille, te huaa/huaahaè (les ascendants et collatéraux consanguins ; leurs alliés) ; les amis, te tau hoa ; la vie communautaire, te pohuèìa mataèinaa. (MAIS PAS les conjoints ni les enfants ou leurs alliés : voir B) -, 1) - et 2) -)

*- O ai to òe kaavai ? / Quelle (Qui) est ta vallée ?

*- I hea to òe noho ? / Où habites-tu ? (Où est ton lieu d’habitation ?)

*- O ai to òe ikoa ? / Quel (Qui) est ton nom ?

*- O Sare to tātou hakāìki. / C’est Sare notre maire.

*- O Teupoo to ôtou tumu hakako. / C’est Teupoo votre professeur.

*- Mea nui to īa hoa. / Il a beaucoup d’amis (Sont nombreux à lui amis.)

*- I hea to âtou motua kui ? / Où sont leurs parents ?


2) – Tout ce qui caractérise l’humain :

a) - Sur les plans physiologique et psychologique :

  • - Le corps, te nino; les membres : les pieds, te vaevae; la main, te ìma ; les organes : le cœur, te hōupo ; le foie, te ate ; les entrailles, siège du CARACTÈRE : te koekoe.

        *- Te nino o Pita. / Le corps de Pita.

        *- U mamae to ù vaevae. / J’ai mal au pied (Mon pied a mal.)

  • - Les fonctions physiologiques : uriner, mimi, ; pleurer, ; etc.

        *- Mea veoveo te mimi o tēnei ihovare. / L’urine de ce cheval pue.

  • - Les activités physiques, les déplacements : courir, koi; descendre, heke, iho; monter (dans la vallée), hiti ; etc.

        *- Mea koi to òe hiti mai. / Tu es vite monté (Rapide ta montée.)

  • - La naissance, la vie, la mort, les maladies, l’enterrement, etc.

        *- E koè vave to òe mate kii. / Ta maladie de peau guérira vite.

  • - Tout ce qui est en contact avec le corps humain : les vêtements, les parures, les bijoux ou objets hérités (qu’on n’a pas acquis soi-même …

        *- I hea to òe pātārō ? / Où est ton short ?

        *- A hakaìte mai i to òe mōtara ! / Montre-moi ta montre !


b) - Sur le plan moral :

  • - Le caractère, les qualités, les défauts :

       * - No òe te teka ! / C’est de ta faute !

       (Si l’on dit : « Na òe te teka ! », cela signifie : « C’est à cause de toi que,… c’est à cause de ce que tu as fait.)

        * - E koekoe ùa to īa. / Il est hypocrite (Il a deux caractères.)

  • - Les sentiments, les émotions : amour, kāòha; peur, haametaù; etc.

        *- Mea oko to òe kāòha ia ù. / Ton amour pour moi est fort.


3) – En dehors de l’humain.


a) - La simple appartenance d’une partie à un tout.

       *- Te tau maka o te tumuâkau. / Les branches de l’arbre.

       *- Te tau vaitini o te anuanua. / Les couleurs de l’arc-en-ciel.

b) - Les repères spatio-temporels / prépositions de lieu et temps

       *- I muì o te putuputuìa. / Après la réunion.

       *- Ma vāveka o te vaanui. / Au milieu du chemin.

       *- Me i àò o te tapu kai. / De dessous la table.

c) - Les repères numériques / les nombres ordinaux.

       *- Te ùa o te tama. / Le deuxième enfant.

       *- Te hitu o te kaùtai. / La septième vague.

 

B) – EN « A ». Plutôt active, aliénable, temporaire ou volontaire, elle s’applique :


1) - Aux époux :
épouse, vehine ; époux, vāhana.

*- Ua rere ta ù vehine. /Ma femme s’est enfuie.

2) – Aux descendants et à leurs alliés : enfant, tama ; fils, mahaì ; fille, moî ; gendre, bru, huòna ; petits-enfants, poupuna, moupuna ; etc.

*- I hea ta òe tau tama ? / Où sont tes enfants ?

3) – Aux richesses, à l’argent, aux biens acquis, aux meubles : argent, moni ; dettes, àiê ; richesses, taetae ; le matériel, haìna.

*- A utu mai ta òe àiê ! / Paie-moi tes dettes !

4) – Aux activités buccales : tout ce qui entre ou sort de/dans la bouche :


a) - La phonation :
[MAIS PAS la voix, te èo, qui fait partie du corps], parler : tekao ; dire : peàu ; chanter : hīmene ; rire : kata ; crier : taaàu ; mordre : kakahu.

*- Mea koi oko ta òe tekao. / Tu parles trop vite.

*- Mea kōnini to òe èo. / Ta voix est mélodieuse.

b) - La nourriture et la boisson : DONC les végétaux, les jus, l’eau ET les autres liquides issus de la terre ; les animaux, SAUF quand ils servent aux déplacements :

*- E kao ta òe ? / Tu as du carburant ?

*- I na ai tēnei peto ? / À qui est ce chien ?

*- Mea ìi to òe ihovare. / Ton cheval est puissant.

5) – Aux activités manuelles ET aux produits de ces activités :


a) - Tout ce qui tourne autour du mot « HANA » : travailler, travail.

  • - Les activités manuelles : sculpter, haatiki; masser, ; etc…

        *- Mea mamae ta òe hō ia ù ! / Ton massage me fait mal ! (voir REMARQUE en fin de ce paragraphe 5)

  • - Les outils pour faire ce travail : couteau, kohe; hache, toki.

        *- I hea ta ù kohe ? / Où est mon couteau ?

  • - Les objets résultant de ce travail : plat, kooka ; collier, hei; etc.

        *- A haaìte mai òe i ta òe tau tiki ! / Montre-moi tes tikis ! (Ceux que tu as sculptés, pas ceux qui sont tatoués sur ton corps.)

b) - Tout ce qui tourne autour du mot « HAKA » : danser, la danse.

       *- Mea kanahau oko ta òe haka. / Tu danses bien. (C’est joli ta danse.) (voir REMARQUE en fin de ce paragraphe 5)

c)- Tout ce qui tourne autour du mot « KEU » : jouer = toucher ; saisir, mau ; attacher, humu ; frapper, pehi, tā ; prendre, too.

  • - Les instruments de musique : jouer de … la guitare, de la conque, du ukulélé : e keu i te… kitā, pū, ukarere.

        *- Kave mai i ta òe kitā ! / Apporte ta guitare !

  • - en sport, tout ce qu’on lance : balle, ballon, pōpō; boule, puru.

        *- U peehū ta òe pōpō. A pamu ! / Ton ballon est dégonflé. Pompe-le !

Donc, et pour conclure, tout ce qui se fait à la main / tient dans la main : panier, kete ; peigne, pāèhu ; sac, kaka ; clé, kirī ; éventail, tāhii ; vini ; etc.

REMARQUE

Concernant les phrases des paragraphes a) et de b), lorsque l’action est considérée comme achevée (par l’adjonction du suffixe –ìa/-tia/-tina), la notion d’activité en cours est remplacée par une notion d’activité révolue qui requiert une appartenance en « O » :

a) – Mea mamae to òe hōìa ia ù./Ton massage (celui que tu m’as fait) m’a fait mal. / Ça m’a fait mal quand tu m’as massé.

b) – Mea kanahau to òe hakaìa io he one. / Tu as bien dansé sur la plage. (C’était joli ta danse sur le sable.)

 

III - VARIATIONS SUR L’APPARTENANCE EN « O » ET « A »


A) – Concernant les simples particules possessives « o » et « a ».

Elles introduisent le complément du nom ; elles se traduisent par : du, de la, des, à, au, aux, à la.

       *- Te potu a Mika. / Le chat de Mika.

       *- Te pereòo/pāriri o te hakāìki. / La voiture du maire.

B) – Concernant les possessifs déclaratifs « to » et « ta » : ils se combinent aux pronoms personnels pour devenir des adjectifs possessifs.

       *- Ua ìte òe i ta ù hana ? / As-tu vu mon travail ?

       *- E heke au me to òe motua. / Je descends/descendrai avec ton père.

C) -Remarques sur les points I et II


1) – À la 1ère personne du singulier, selon l’usage ou l’euphonie, on peut utiliser :

En « o » : o ù ou bien o au ; to ù ou bien to au.

En « a » : a ù ou bien a au ; ta ù ou bien ta au.

       *- O Nukuhiva to ù / to au henua. / Mon pays, c’est Nukuhiva.

       *- Ua ìte òe i ta ù / ta au tau moa ? / As-tu vu mes coqs ?

2) - Aux deux 1ères personnes du singulier, on peut remplacer l’adjectif possessif par une autre forme exprimant l’affection, le respect ou l’admiration.


a) - à la 1ère personne, tu ù peut remplacer to ù, to au, ta ù, ta au.

       *- To ù vaka >>> Tu ù vaka. / Ma (chère) pirogue.

       *- Ta ù hana tumu >>> Tu ù hana tumu. / Mon métier (adoré).

b) - à la 2ème personne, to peut remplacer to òe, ta òe.

       *- To òe hoa >>> To hoa. / Ton cher ami.

       *- Ta òe moî >>> To moî. / Ta fille chérie.

3)- À la 3ème personne du singulier, le pronom personnel peut être remplacé par le nom du possesseur (procédé d’inclusion).

       *- Te pāriri o Tama : To Tama pāriri. / La moto de Tama.

4) - On DOIT remplacer les possessifs en to/ta par les particules o/a,


a) - Après l’interrogatif numéral E hia ?
[Combien (de) ?] ; et donc, après un numéral.

       *- E hia a Kina tama ? E hā a īa tama.

       *- Combien Kina a-t-il d’enfants ? Il en a quatre.

       *- E hia o òe èhua ? E ono ònohuu o au èhua.

       *- Quel âge as-tu ? J’ai 60 ans. (Litt. : Combien à toi années ? 60 à moi années.)

b) - Après une négation :

       *- Aòè a ù tama. / Je n’ai pas d’enfants.

       *- Aòè o ù ava nei. / Je n’ai pas le temps.

c) - Remarque : Il apparaît que cette mutation ne soit pas valable dans la langue de tous les jours si l’on fait immédiatement suivre « E hia ? » du mot sur la quantité duquel porte la question ; c’est probablement l’influence du tahitien.

        *- E hia a òe tama ? >> E hia tama ta òe ? / Combien d’enfants as-tu ?


D) - Les possessifs attributifs no / na :

Ils expriment une attribution présente, passée ou future.

       *- Te nohoka no te upoko haatee. / Le siège du/pour le Président.

       *- E kāòha na òe tēnei, e tu ù hoa. / Voici un cadeau pour toi, mon ami.

E) - L’énoncé attributif avec na : Na + sujet se placent en début de phrase pour exprimer :


1) - Le rôle de quelqu’un ou la négation de ce rôle

On traduit cette structure par : c’est/ce n’est pas à moi, toi, lui, etc. de faire telle ou telle chose.

       *- (Aè) na te tau tōìki e kohi i te kaù. / (Ce n’est pas) C’est aux enfants de ramasser les ordures. (Traditionnellement, c’est le devoir des enfants de balayer les cours le matin pour collecter les feuilles mortes.)

       *- (Aè) na te tōmite e āpuu i te tau manihii. / (Ce n’est pas) C’est au comité de recevoir les invités/touristes.

2) - La mise en relief, la détermination du sujet

On traduit cette structure par : c’est moi… qui fais, ai fait, ferai telle ou telle chose.

       *- Na ù e kave ia òe i Nuku Ataha. / C’est moi qui te conduirai à Terre Déserte.

       *- Na Tome i haataki i te pū. / C’est Tome qui a soufflé dans la trompe.

Remarques :

a) - Dans le 2ème cas, pour une action révolue, on remplace e par i :

       *- Na te tau mutoi i haakoè i te koìka. / Ce sont les policiers municipaux qui ont annulé la fête.

b) - En marquisien moderne, cette structure est de plus en plus utilisée pour remplacer l’interrogatif « Qui ? » « O ai ? » :

  •  - À l’oral, les deux «a» se fondent alors en un seul pour produire « nai e ». Au non-révolu, les deux « i » se confondent aussi pour donner « nai » :

       *- Na ai e [nai e] hano mai ia òe ? / Qui ira te chercher ?

       *- Na ai i [nai] hakako ia òe i te èo ènana ? / Qui t’a enseigné le marquisien ?

  • - On rencontre aussi cette structure précédée de « I», surtout à Ua Pou :

       *- I na ai e [I nai e] hano mai ia òe ?

       *- I na ai i [I nai] hakako ia òe i te èo ènana ?


IV – REMARQUES GÉNÉRALES

Ces remarques concernent la possibilité d’utiliser « a, ta, na » à la place de « o, to, no », et vice-versa.

Cela signifie que le « possesseur » ne considère plus l’objet « possédé » avec le regard initial mais en y ajoutant une notion affective positive ou négative.


1) – Dans le cadre humain relationnel
, alors que « a, ta, na » s’emploient pour les enfants et les conjoints, l’usage inhabituel de « o, to, no » indique une valorisation de la relation :

*- « To ù moî » (au lieu de « ta ù moî » qui est la norme) = ma chère fille

*- « To ù vehine » (au lieu de « ta ù vehine » qui est la norme) = ma chère femme.

2) – Dans le cadre des religions chrétiennes où Dieu est esprit, les relations avec lui prennent une forme spécifique où prédominent les « o, to, no ».

Même si la liturgie catholique est intitulée « Te Tekao a te Etua » (La Parole de Dieu), lorsque Jésus ou les prophètes parlent de leurs activités, ils disent « to ù hana » et non « ta ù hana » parce qu’il ne s’agit d’une activité spirituelle et non manuelle.
De même, dans la cathédrale de Taiohae, derrière les fonds baptismaux, de dresse un magnifique panneau de bois sculpté par Damien Haturau représentant le baptême de Jésus-Christ par Saint Jean Baptiste, sur lequel s’affiche la voix de Dieu entendue depuis les cieux : « O Īa nei to ù tama tāhia. » (Voici mon enfant bien aimé.)

Cet emploi de « o » à la place de « a » provient du fait que Dieu n’étant pas un être vivant, il n’a pas de corps ; il ne peut donc rien faire de ses mains ou rien dire par sa bouche car tout vient de son esprit.

Malheureusement, cet état de fait provoque l’incertitude chez nombre de locuteurs qui connaissent désormais les raisons de cet emploi de « o » à la place de « a ».


BIBLIOGRAPHIE

*- Zewen, Père François, « Introduction à la langue des îles Marquises – Le Parler de Nukuhiva – Hamani ha’avivini ‘i te ‘eo ‘enana », Haere Pō, Tahiti, 1987, 2014, 2016.

© Te Haè tuhuka èo ènana - Académie marquisienne – Pohe/mars 2021

 

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